Protection individuelle biosourcée pour plants forestiers : le projet PICO2Bio de l’ONF
Vous connaissez peut-être le principe des gaines plastiques enroulées autour des jeunes plants en forêt : omniprésentes depuis les années 1980, ces protections individuelles sont devenues un standard de la sylviculture. Pourtant, elles concentrent aujourd’hui une série de griefs sérieux — coût de dépose, pollution microplastique, déficit d’acceptabilité sociale — qui poussent la filière forêt-bois à chercher d’urgence des alternatives. C’est précisément l’objet du projet PICO2Bio, porté par l’Office National des Forêts (ONF) en partenariat avec UCFF – Les Coopératives Forestières et INRAE, avec le soutien financier de France Bois Forêt. Ce programme national entend recenser, tester et valider des dispositifs de protection individuelle de plants forestiers biosourcée et biodégradable, pour offrir aux gestionnaires des alternatives réellement viables face aux dégâts des ongulés sauvages.
📌 À retenir : PICO2Bio est un projet national mené par l’ONF, l’UCFF et l’INRAE pour évaluer des protections de plants forestiers en matériaux biosourcés ou biodégradables, en réponse aux limites des gaines plastiques conventionnelles. Le suivi expérimental s’étend sur au moins trois ans.

Pourquoi les ongulés sauvages mettent la régénération forestière sous pression
Depuis les années 1980, les populations de grands ongulés sauvages n’ont cessé d’augmenter en France métropolitaine. Le cerf élaphe est désormais présent dans au moins 84 départements, le chevreuil et le sanglier couvrent quant à eux la quasi-totalité du territoire, selon les données du projet PICO de l’INRAE.
Cette dynamique démographique se traduit par des dégâts considérables sur les jeunes peuplements forestiers et la régénération naturelle ou artificielle. Abroutissement des bourgeons terminaux, écorçage, frottis sur les tiges : les comportements alimentaires et territoriaux du cerf et du chevreuil peuvent compromettre durablement l’établissement des plants, et donc l’avenir des peuplements.
Une pression qui s’intensifie avec le reboisement post-crise
Le contexte aggrave encore la situation. Les crises sanitaires récentes — notamment les attaques massives de scolytes sur les épicéas, alimentées par les sécheresses de 2018 à 2021 — ont imposé des coupes sanitaires sur des dizaines de milliers d’hectares. L’ONF a dû revoir ses plans de gestion pour replanter en mélanges diversifiés (chênes sessile et pubescent, Douglas, pins, essences méditerranéennes), comme en témoigne le projet de reboisement en Forêt Domaniale de Chaumour en Côte-d’Or. Ces nouvelles plantations sont d’autant plus vulnérables aux ongulés que les jeunes plants sont exposés plusieurs années avant d’atteindre une taille hors d’atteinte.
La protection individuelle des plants devient donc un enjeu stratégique pour la réussite du reboisement et l’adaptation des forêts au changement climatique.

Les limites des protections plastiques conventionnelles
Pendant quarante ans, la gaine plastique intégrale a été la réponse dominante. Elle est efficace mécaniquement. Mais elle cumule aujourd’hui trois problèmes structurels.
Le coût de gestion en fin de vie est d’abord sous-estimé : la dépose manuelle des gaines après plusieurs années représente une charge de travail importante, souvent peu intégrée dans les budgets de plantation. Les gaines déposées doivent ensuite être collectées, transportées et éliminées — un coût logistique et financier non négligeable à l’échelle nationale.
La contamination par les microplastiques est le second angle d’attaque. Les gaines plastiques se fragmentent progressivement sous l’effet des UV et des intempéries, libérant des particules dans le sol forestier. Les enjeux sont proches de ceux que l’on observe sur les feuilles de plantes abîmées par des stress environnementaux chroniques : l’accumulation de polluants dans les tissus végétaux et le substrat peut altérer durablement la santé des écosystèmes.
L’acceptabilité sociale et réglementaire, enfin, se dégrade. Les acteurs de la filière, les élus et le grand public tolèrent de moins en moins la présence de plastique en milieu naturel. Les gestionnaires forestiers se retrouvent dans une position inconfortable, cherchant à protéger efficacement leurs plants tout en répondant à des attentes de durabilité croissantes.
⚠️ Attention : L’absence de solution biosourcée validée à grande échelle n’est pas un détail technique. C’est un frein réel à la transition écologique de la sylviculture française.
PICO2Bio : un projet structurant pour la filière forêt
Trois objectifs opérationnels
Le projet PICO2Bio, dont le nom complet est "Protections Individuelles des plants Contre les Ongulés – solutions Bio", articule son action autour de trois axes complémentaires :
- Recenser et documenter l’ensemble des dispositifs de protection individuelle biosourcés ou biodégradables disponibles sur le marché ou en développement, en constituant une base de connaissances structurée.
- Sélectionner et tester des alternatives concrètes aux protections plastiques conventionnelles, à travers un réseau d’expérimentation en conditions réelles sur l’ensemble du territoire national.
- Partager les résultats et structurer les retours d’expérience via un groupe de travail dédié, associant l’ensemble des partenaires et acteurs de la filière.
Un réseau expérimental à l’échelle nationale
À l’hiver 2025-2026, 6 dispositifs expérimentaux ont été installés sur des sites couvrant le Nord, l’Est et le Sud-Ouest de la France. Cette répartition géographique est délibérée : elle permet d’éprouver les solutions sur une diversité de contextes forestiers — diversité climatique, diversité de stations, diversité d’essences plantées.
Au total, 10 solutions de protection biosourcée ou biodégradable sont actuellement testées en conditions réelles, permettant une comparaison directe avec les références plastiques existantes.
Un suivi scientifique sur au moins trois ans
La durée d’expérimentation retenue — au moins trois ans avec un suivi annuel — n’est pas arbitraire. Elle correspond aux phases critiques du développement des jeunes plants et à la dégradation progressive des matériaux en conditions naturelles. Trois paramètres sont suivis simultanément :
- La durabilité et la dégradation des protections dans le temps (résistance aux UV, aux intempéries, au sol)
- La survie et la croissance des plants protégés, indicateurs directs de l’efficacité des dispositifs
- L’état sanitaire des plantations, pour détecter tout effet indésirable des matériaux sur le milieu
💡 Astuce : Pour les gestionnaires qui souhaitent anticiper, documenter dès maintenant les taux de survie de leurs plantations sous gaines plastiques crée une base de comparaison utile lorsque les résultats de PICO2Bio seront disponibles.
Les critères de sélection des prototypes biosourcés
Biosourcé ne signifie pas automatiquement biodégradable
C’est l’une des subtilités fondamentales du projet. Un matériau biosourcé est issu de matières premières renouvelables d’origine biologique (amidon, cellulose, fibres végétales, lignine…). Mais biosourcé n’implique pas forcément une dégradation rapide en milieu naturel — certains plastiques biosourcés sont aussi persistants que leurs équivalents pétrosourcés.
À l’inverse, un matériau biodégradable se décompose sous l’action de micro-organismes, mais peut être issu de la pétrochimie. La notion de compostabilité (normée par exemple selon la norme EN 13432) ajoute une exigence supplémentaire : une dégradation complète en conditions de compostage industriel dans un délai défini.
Les familles de matériaux étudiés
Les prototypes testés dans PICO2Bio couvrent plusieurs familles technologiques :
- Fibres naturelles tressées ou feutrées (jute, chanvre, lin, laine) : résistance mécanique variable, bonne intégration paysagère
- Matériaux cellulosiques (carton, papier kraft renforcé) : compostables, mais sensibles à l’humidité prolongée
- Bioplastiques (PLA, PHA) : dégradation conditionnée par la température et l’humidité du sol
- Structures mixtes combinant un support biosourcé et un agent de rigidification naturel
La question centrale reste la même pour chaque prototype : la protection tient-elle le temps nécessaire à l’établissement du plant (typiquement 3 à 5 ans), puis se dégrade-t-elle sans laisser de résidu problématique ?
Les essences forestières concernées
Les expérimentations portent sur des essences représentatives des enjeux de reboisement actuels, incluant des feuillus (chênes, hêtre) et des résineux (pin sylvestre, douglas), dans des stations aux exigences écologiques contrastées. La pression des ongulés varie également selon les espèces : le cerf élaphe est particulièrement redouté sur les feuillus, le chevreuil sur les résineux en phase juvénile.
Ce que PICO2Bio ne remplace pas
Il faut être précis sur les limites de l’exercice. PICO2Bio est un projet d’évaluation scientifique : ses résultats ne valent ni homologation, ni recommandation d’usage au sens réglementaire. C’est le même principe que celui posé dans le cadre du projet PICO de l’INRAE sur les protections mécaniques conventionnelles.
La protection individuelle des plants, aussi performante soit-elle, ne dispense pas d’une gestion adaptée des populations d’ongulés. Les deux leviers sont complémentaires : aucune gaine, biosourcée ou non, ne peut compenser durablement une pression de gibier structurellement trop élevée par rapport à la capacité de charge des milieux forestiers.
Les premiers résultats de PICO2Bio sont attendus à horizon 2027-2028. D’ici là, les 6 dispositifs expérimentaux installés en 2025-2026 fourniront, dès 2026, des données préliminaires sur la durabilité des prototypes en conditions réelles — une étape clé pour calibrer les recommandations futures à destination des forestiers et des coopératives de la filière bois.
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