- Les chiffres d’une édition record sous la verrière du Grand Palais
- « Face au climat » : un thème qui ne laisse plus de place au doute
- Inauguration et Alliance éco-matériaux : la filière se structure collectivement
- France Bois 2030 : le bois français sur les pistes olympiques
- Ce que cette édition révèle des tensions de la filière
- Parcours de visites et transmission aux nouvelles générations
Forum International Bois Construction 2026 : bilan d’une filière en quête de carbone zéro
Vous attendiez la grand-messe de la construction durable en France ? Elle a eu lieu du 25 au 27 février 2026, sous la grande verrière du Grand Palais à Paris. Le Forum International Bois Construction 2026 — 15e édition de l’événement de référence pour la filière forêt-bois — a réuni professionnels de la construction, architectes, institutionnels et chercheurs autour d’un mot d’ordre sans ambiguïté : « Face au climat ». Trois jours pour prendre la mesure de ce que le bois, les matériaux bio- et géo-sourcés peuvent réellement apporter à la décarbonation du secteur du bâtiment — l’un des plus émetteurs de gaz à effet de serre en France.
Ce n’est pas un salon comme les autres. C’est un baromètre annuel de la maturité d’une filière qui, depuis quinze ans, construit patiemment sa légitimité face aux industriels du béton et de l’acier. Et cette édition 2026, par ses annonces structurantes, marque un tournant.

Les chiffres d’une édition record sous la verrière du Grand Palais
Le Forum International Bois Construction (FBC) ne se mesure pas à l’aune des salons grand public. Ici, chaque entrée représente un professionnel engagé.
L’édition 2026 a enregistré 18 000 entrées, confirmant la dynamique d’un événement dont l’audience ne faiblit pas malgré — ou grâce à — l’urgence climatique qui s’impose désormais comme contexte permanent. 600 conférenciers ont pris la parole sur trois jours, couvrant des sujets aussi variés que la densification du pavillonnaire, les nouvelles approches architecturales scolaires, ou encore les stratégies biosourcées en Île-de-France.
Côté exposants, 374 acteurs de la filière bois, bio- et géo-sourcés étaient présents, des fabricants de structures bois lamellé-collé aux éditeurs de logiciels de calcul carbone, en passant par des entreprises de réemploi de matériaux.
📌 À retenir : 18 000 entrées, 600 conférenciers, 374 exposants — le FBC 2026 s’affirme comme la première vitrine européenne de la construction biosourcée, bien au-delà d’un simple rendez-vous professionnel français.
La Galerie de l’Architecture Bois/Biosourcée du 21e siècle, lancée en 2025, occupait pour sa deuxième édition les 3 600 m² de la mezzanine du Grand Palais. Présentée comme « unique en Europe », cette galerie est devenue en un an la première vitrine d’architecture contemporaine bois et bio/géo-sourcée du continent.

« Face au climat » : un thème qui ne laisse plus de place au doute
Choisir « Face au climat » comme fil directeur d’une 15e édition, ce n’est pas anodin. C’est reconnaître que la filière bois a passé le stade des déclarations d’intention pour entrer dans celui des preuves.
Les conférences ont décortiqué les grands cadres réglementaires qui structurent désormais l’ambition de décarbonation du bâtiment : les accords de Paris, la RE2020, le Pact 2030 et la stratégie énergie 2050. Des repères normatifs qui fixent les horizons — neutralité carbone d’ici 2050 — et dans lesquels la filière bois entend s’inscrire comme solution de premier rang.
Le bois occupe ici une position stratégique : matériau à énergie grise faible, stockage de carbone sur le long terme, ressource renouvelable et traçable lorsqu’elle est gérée selon les principes de la sylviculture durable. Des arguments que les acteurs du Forum ont défendus avec des données de terrain, pas des promesses.
⚠️ Attention : si le bois est présenté comme levier majeur de la neutralité carbone, son efficacité réelle dépend de la gestion forestière en amont. Une filière qui consomme plus vite qu’elle ne replante annule les bénéfices carbone. C’est précisément le nœud que la mission France Bois 2030 entend desserrer.
La conférence « Densification et pavillonnaire », modérée par Marie Coatantiec, a réuni architectes et promoteurs — dont Guillaume Bouteille (Studio Mustard Architecture), Alessandra Merli (Architecturestudio) et Vanessa Krantz (Ogic) — autour d’un enjeu central : comment faire entrer le bois dans les projets de requalification du tissu pavillonnaire existant, masse bâtie largement sous-utilisée en France ?
La conférence « Nouvelles approches scolaires », animée par Catherine Desportes, a illustré comment les équipements publics — écoles, gymnases — deviennent des laboratoires de la construction biosourcée, avec des exemples concrets à Colombes et Tremblay-en-France.
Inauguration et Alliance éco-matériaux : la filière se structure collectivement
L’inauguration du Forum a réuni des représentants institutionnels de premier rang : Marc Guillaume, préfet de la Région Île-de-France et préfet de Paris, et Yann Wehrling, vice-président de la Région Île-de-France, ont pris part à la cérémonie d’ouverture. Leur présence n’est pas anecdotique : elle signale que la filière bois est désormais interlocutrice légitime des pouvoirs publics sur les questions de transition écologique du bâtiment.
L’acte fort de cette inauguration a été la signature de l’Alliance éco-matériaux. Portée notamment par FIBOIS FRANCE, cette initiative regroupe quinze structures et associations engagées pour la transition écologique du bâtiment. Paul Jarquin, président de FIBOIS Île-de-France, a signé au nom de l’organisation.
💡 Astuce : l’Alliance éco-matériaux ne se limite pas au bois. Elle fédère l’ensemble des matériaux biosourcés et géosourcés — chanvre, paille, terre crue, liège — dans une logique de complémentarité plutôt que de concurrence. Une approche cohérente avec les objectifs de la RE2020, qui valorise la performance globale d’un bâtiment plutôt que la part d’un matériau unique.
Quinze organisations professionnelles sous un même chapeau : c’est le signal d’une maturité collective. La filière ne se bat plus en ordre dispersé. Elle construit un bloc de représentation capable de peser dans les arbitrages budgétaires, les appels d’offres publics et les révisions réglementaires.
France Bois 2030 : le bois français sur les pistes olympiques
La deuxième annonce majeure de cette édition 2026 concerne un horizon précis et un événement mondial : le lancement officiel de la mission France Bois 2030, dont l’objectif est d’intégrer le bois d’origine française dans les infrastructures des Jeux olympiques d’hiver des Alpes françaises.
C’est une opportunité rare — et une vitrine internationale inespérée. Les JO d’hiver constituent un chantier de construction exceptionnel : villages olympiques, équipements sportifs, infrastructures d’accueil. Si le bois français y tient une place significative, c’est tout le modèle de la filière forêt-bois hexagonale — gestion forestière, transformation, mise en œuvre — qui bénéficiera d’une démonstration grandeur nature devant un auditoire mondial.
La mission France Bois 2030 s’inscrit dans une logique de traçabilité et de souveraineté : valoriser le bois produit et transformé sur le territoire national plutôt que de recourir à des essences importées. Un enjeu économique autant qu’environnemental. L’entreprise Rubner, dont les experts étaient présents au stand D50, illustre cette approche : 80 % de ses matériaux proviennent de bois français, transformés dans son atelier d’Île-de-France.
📌 À retenir : la mission France Bois 2030 est un pari industriel sur la capacité de la filière à monter en puissance d’ici la fin de la décennie. Les JO d’hiver des Alpes françaises serviront de test grandeur réelle — et de levier de crédibilité pour décrocher d’autres marchés publics d’envergure.
Ce que cette édition révèle des tensions de la filière
Soyons directs : le Forum International Bois Construction 2026 a affiché une belle unanimité d’intention. Mais derrière les signatures d’alliance et les missions olympiques, plusieurs tensions structurelles demeurent.
La disponibilité de la ressource forestière française reste un point de friction. La forêt hexagonale, fragilisée par les sécheresses successives et les attaques de scolytes, ne livre pas toujours le volume et la qualité attendus par une filière construction en croissance. La neutralité carbone promise par le bois suppose une forêt qui pousse — ce qui implique des investissements sylvicoles à long terme, peu compatibles avec les cycles budgétaires politiques.
La formation professionnelle constitue un autre angle mort. 600 conférenciers au FBC, c’est formidable. Mais il faudrait aussi des charpentiers, des conducteurs de travaux et des maîtres d’œuvre formés à la construction bois à l’échelle du territoire. La pénurie de compétences freine la montée en puissance que la filière appelle de ses vœux.
Enfin, la compétitivité prix face aux matériaux conventionnels reste un sujet. En période de pression sur les budgets de construction — notamment dans le logement social — le surcoût apparent du bois continue d’être brandi comme argument par les partisans du béton. Argument de plus en plus fragile à mesure que les coûts carbone entrent dans les équations, mais encore prégnant dans les commissions d’appels d’offres.
Parcours de visites et transmission aux nouvelles générations
Au-delà des conférences et des annonces, le FBC 2026 a proposé deux parcours de visites d’opérations bois-biosourcées en Île-de-France :
- Parcours 1 — Colombes : Stratégie biosourcée, organisé avec Ekopolis, dédié aux projets intégrant chanvre, paille et bois dans une logique de performance globale.
- Parcours 2 — Paris : le bois comme levier de transformation, centré sur des réalisations urbaines démontrant la polyvalence du matériau bois en contexte dense.
Un parcours de visites du Forum a également été animé pour les étudiants des Écoles ETRE — Les Écoles de la Transition Écologique du Val-d’Oise et de Paris, sous la conduite de Chloé Le Pape. Transmettre la culture constructive biosourcée aux futures promotions d’architectes et d’ingénieurs : c’est peut-être l’investissement le plus décisif de toute la programmation.
La prochaine édition — le 16e Forum International Bois Construction — se tiendra du 10 au 12 février 2027 à Paris Grand Palais, avant une 17e édition à Épinal et Nancy en octobre 2027, marquant un ancrage territorial dans les régions forestières du Grand Est. Deux rendez-vous pour mesurer si les engagements pris en février 2026 se sont traduits en bétons — pardon, en bois — dans le paysage bâti français.
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