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Gestion forestière regroupée : bilan des 3 ans d’action de l’UCFF

Par gh5pg · · 8 min

Gestion forestière regroupée : bilan des 3 ans d’action de l’UCFF

Vous avez le choix des chiffres pour résumer trois ans de sensibilisation à la gestion forestière regroupée. Les capsules vidéo humoristiques ont dépassé 7 millions de vues et 548 000 engagements. Les voyages de presse ont réuni 80 journalistes sur le terrain et généré 208 millions de contacts potentiels. C’est le bilan du programme triennal (2022-2025) de l’UCFF, soutenu par France Bois Forêt.

L’objectif était de faire connaître au grand public et aux médias un sujet technique : comment des propriétaires et des gestionnaires organisent ensemble le renouvellement et l’adaptation des forêts face au changement climatique. Cet article détaille les deux volets de l’opération, ce que disent les chiffres, et ce qu’ils ne mesurent pas.

📌 À retenir : le programme repose sur deux leviers complémentaires. Le premier est la vidéo courte et humoristique pour toucher largement. Le second est le voyage de presse pour convaincre ceux qui relaient l’information.


Un programme en deux volets, de 2022 à 2025

Le programme UCFF combine des contenus numériques et des déplacements de journalistes en forêt. Les deux visent le même but : rendre visibles des réalités de la sylviculture que le grand public connaît mal. Côté UCFF, Nicolas Jobin, responsable communication, est l’une des voix qui portent ce bilan.

Définition : gestion forestière regroupée
Elle consiste à gérer ensemble des parcelles forestières de propriétaires différents. L’article L332-1 du Code forestier (Légifrance) exige que les bois regroupés se situent dans un territoire cohérent d’un point de vue sylvicole, économique et écologique. Concrètement, le regroupement passe par des outils comme l’association syndicale de gestion forestière ou le mandat de gestion forestière.

Cette définition a un intérêt pratique. Elle montre pourquoi le sujet se prête mal à une communication classique : il mêle droit, foncier, économie et écologie. D’où le choix d’un format léger pour la vidéo et d’un format immersif pour la presse.

Le point de départ : des enjeux forestiers peu couverts

Le programme est parti d’un constat : les enjeux forestiers bénéficient d’une couverture médiatique insuffisante. Les médias parlent de forêt lors des incendies, des tempêtes ou des débats sur la coupe. Ils décrivent rarement le travail ordinaire de ceux qui l’entretiennent.

Ce déficit a des conséquences concrètes. Sans compréhension de la sylviculture, le renouvellement des essences peut passer pour une atteinte à la forêt alors qu’il vise son adaptation. La Fibois Hauts-de-France décrit ce cycle : le gestionnaire organise la régénération, naturelle ou artificielle, le pépiniériste fournit les plants, puis des entreprises de travaux forestiers préparent la parcelle et plantent. Peu de lecteurs ont déjà vu ce séquençage expliqué.

Le renouvellement des plants est d’ailleurs un chantier actif de la filière. Il suffit de regarder le projet PICO2Bio de l’ONF sur la protection individuelle biosourcée des plants forestiers pour s’en convaincre.

Volet 1 : des capsules humoristiques inspirées de La Linea

Un format court, pensé pour les réseaux sociaux

Le premier volet repose sur des capsules vidéo humoristiques diffusées sur les réseaux sociaux. Leur format s’inspire de La Linea, la série d’animation où un personnage tracé d’un seul trait réagit à son environnement. Le parti pris est clair : faire sourire d’abord, informer ensuite, sans jargon.

Ce choix est plutôt cohérent. Un sujet comme le morcellement forestier ne tient pas en dix secondes de commentaire sérieux. L’humour permet de poser une idée, à charge pour le spectateur d’aller plus loin s’il est curieux.

Les résultats chiffrés

Les capsules affichent des résultats nets :

  • Plus de 7 millions de vues cumulées sur les réseaux sociaux.
  • 548 000 engagements (réactions, partages, commentaires).
  • Un format réutilisable sur trois ans, sans changement de ligne éditoriale.

Un ratio simple en découle : environ 7 % d’engagements rapportés aux vues, en prenant le chiffre plancher de 7 millions. Ce calcul est le nôtre, il ne figure pas dans le bilan de l’UCFF. Il donne seulement un ordre de grandeur de l’interaction suscitée.

Volet 2 : des voyages de presse pour 80 journalistes

Le second volet répond à un autre besoin. Une vidéo drôle sensibilise, mais elle n’installe pas un sujet dans la presse. L’UCFF a donc organisé des voyages de presse pour 80 journalistes, directement sur le terrain, au contact de gestionnaires, de propriétaires et de chantiers.

Ce format a une logique éditoriale. Un journaliste qui a vu une parcelle regroupée, discuté avec un gestionnaire et observé un chantier de renouvellement écrira plus précisément qu’avec un communiqué.

Le bilan annonce 208 millions de contacts potentiels générés par les retombées de ces déplacements. Cette expression désigne une audience théorique cumulée des médias ayant publié. Elle ne mesure ni lecture effective ni compréhension.

Les chiffres clés du programme en un tableau

Indicateur Résultat Volet concerné
Période 2022-2025 (3 ans) Programme global
Vues cumulées Plus de 7 millions Capsules vidéo
Engagements 548 000 Capsules vidéo
Journalistes accueillis 80 Voyages de presse
Contacts potentiels 208 millions Voyages de presse

Source : bilan du programme triennal de l’UCFF, avec le soutien de France Bois Forêt.

Pourquoi le regroupement a besoin d’être expliqué

La gestion forestière regroupée répond à un problème structurel : le morcellement de la propriété. Selon Fibois Occitanie, 80 % des forêts d’Occitanie appartiennent à 430 000 propriétaires privés, avec en moyenne 4,5 hectares chacun. Le taux de forêt privée varie fortement : 99 % dans le Lot, contre 58 % dans les Hautes-Pyrénées.

À l’échelle nationale, Defrénois relève 2,3 millions de propriétaires de moins de 1 hectare. Impossible de planifier coupes, travaux et renouvellement à cette échelle sans mutualiser.

Les leviers existent. Defrénois rappelle que la procédure d’autorisation a été ouverte aux associations syndicales de gestion forestière : un arrêté préfectoral peut regrouper la gestion d’un massif et mutualiser les opérations. Le mandat de gestion forestière permet aussi de confier plusieurs petites propriétés à un même opérateur.

Pour accompagner ces démarches, le CNPF recense trois interlocuteurs en forêt privée :

  • Le CNPF, interlocuteur n°1 pour s’informer gratuitement, qui agrée les documents de gestion durable.
  • Les gestionnaires forestiers : coopératives forestières, experts forestiers, techniciens indépendants.
  • Le syndicat des propriétaires forestiers, relayé par Fransylva à l’échelle nationale.

C’est précisément ce paysage d’acteurs que le programme de l’UCFF cherche à rendre lisible. La filière aborde la même question d’accessibilité dans ses engagements au Salon de l’Agriculture.

Ce que les chiffres disent, et ce qu’ils ne mesurent pas

Prenons les résultats avec rigueur. Les vues et les engagements prouvent que le format a trouvé son public. Ils ne prouvent pas que ce public a compris le regroupement, le renouvellement des essences ou l’adaptation au climat. Quant aux 208 millions de contacts potentiels, ils mesurent un potentiel d’audience. Ils ne disent rien de la qualité du traitement.

Autre réserve : le bilan ne chiffre pas, dans les éléments dont nous disposons, d’effet direct sur le nombre de propriétaires qui se regroupent. Ce n’était pas l’objet du programme, qui visait la sensibilisation et non l’adhésion. Pour juger de son impact réel, il faudra regarder dans les prochaines années si le sujet gagne en présence dans la presse généraliste et si les propriétaires sollicitent davantage les structures d’accompagnement.

⚠️ Attention : un contact potentiel n’est pas un lecteur, et un engagement n’est pas une conviction. Ces indicateurs servent à comparer des campagnes entre elles, pas à mesurer un changement de comportement.

Le point fort du programme tient dans l’association des deux formats. La vidéo ouvre la porte, le terrain donne aux journalistes de quoi écrire un article solide. La limite est qu’aucun des deux ne remplace le travail d’accompagnement local, qui reste du ressort du CNPF, des gestionnaires et des syndicats.

Un propriétaire de petites parcelles dispose d’un premier geste utile : contacter la délégation régionale du CNPF. Elle fournit gratuitement les informations de base, oriente vers un gestionnaire forestier et peut dire si un regroupement est envisageable sur son territoire.

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