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Gestion forestière regroupée : bilan du plan UCFF 2022-2025

Par gh5pg · · 8 min

Gestion forestière regroupée : bilan du plan UCFF 2022-2025

Vous pouvez résumer le plan triennal de l’UCFF (Union de la Coopération Forestière Française) en trois chiffres. Les capsules vidéo ont dépassé 7 millions de vues et 548 000 engagements. Les voyages de presse ont réuni 80 journalistes et généré 208 millions de contacts potentiels. L’objectif était de faire connaître la gestion forestière regroupée, et plus largement l’adaptation des forêts françaises au changement climatique, avec le soutien de France Bois Forêt.

Reste à savoir ce que ces chiffres mesurent vraiment. Ce bilan détaille les deux volets, rappelle le constat de départ et signale les limites de lecture.

📌 À retenir

  • Durée : programme de sensibilisation sur trois ans (2022-2025), porté par l’UCFF avec France Bois Forêt.
  • Volet 1 : capsules vidéo humoristiques sur les réseaux sociaux, plus de 7 millions de vues, 548 000 engagements.
  • Volet 2 : voyages de presse sur le terrain, 80 journalistes, 208 millions de contacts potentiels.
  • Constat de départ : un manque de couverture médiatique des enjeux forestiers.

Gestion forestière regroupée : ce que le plan 2022-2025 cherchait à corriger

Le point de départ est simple. Les enjeux forestiers sont peu traités par les médias, et ce qui l’est se limite souvent à l’image de la forêt « naturelle » qu’il suffirait de laisser tranquille. La sylviculture, le renouvellement des essences et l’adaptation au climat restent des sujets techniques, rarement racontés au grand public.

L’UCFF a donc choisi de s’adresser à deux publics à la fois : les internautes, via la vidéo, et les journalistes, via le terrain. C’est une stratégie classique en communication de filière, mais ici elle repose sur un constat assumé : on ne défend bien que ce que l’on a rendu compréhensible.

Définition : gestion forestière regroupée
Elle consiste à confier à un gestionnaire professionnel, par exemple une coopérative, la gestion de forêts appartenant à plusieurs propriétaires. Elle répond au morcellement de la propriété forestière, qui rend difficile la conduite de coupes et de travaux à l’échelle de petites parcelles. Le Code forestier prévoit par ailleurs des dispositifs de regroupement, comme les associations syndicales de gestion forestière.

Pourquoi les coopératives portent ce message

L’UCFF fédère les coopératives forestières. Ses propres chiffres, publiés sur son site pour la période 2014-2018, donnent la mesure du modèle :

Indicateur 2014 2018 Évolution
Bois commercialisé par les coopératives 6 millions de m³ 7 millions de m³ +14 %
Surfaces gérées par les coopératives 1,86 million d’hectares 2,05 millions d’hectares +10 %
Part de marché des coopératives 16 % 18 % +11 % en 5 ans

Source : UCFF, « Les coopératives forestières progressent », 19 février 2020.

Ces données datent de 2020 et concernent une période antérieure au plan. Elles décrivent le poids de l’acteur, pas les résultats de la campagne. L’UCFF indique qu’environ 110 000 sylviculteurs adhèrent aux coopératives. Elle en déduit que celles-ci gèrent proportionnellement des forêts de plus grande taille.


Premier volet : des capsules humoristiques inspirées de La Linea

Le premier volet mise sur l’humour. Les capsules vidéo, diffusées sur les réseaux sociaux, reprennent un format inspiré de La Linea, la série d’animation au trait minimaliste où un personnage dialogue avec la main de son dessinateur. L’idée est de traiter avec légèreté des sujets que personne n’ira chercher spontanément : renouvellement des essences, éclaircies, adaptation au climat.

Le bilan chiffré, tel que communiqué :

  • Plus de 7 millions de vues sur l’ensemble des capsules.
  • 548 000 engagements (réactions, partages, commentaires, selon la définition des plateformes).

Comment lire ces chiffres

Un simple calcul donne un ordre de grandeur. Rapportés aux vues, les engagements représentent environ 8 % au maximum, puisque le total de vues est annoncé comme « plus de 7 millions ». Pour un contenu pédagogique sur la forêt, c’est un taux élevé. L’humour semble donc avoir fonctionné comme porte d’entrée.

⚠️ Attention : une vue sur un réseau social correspond souvent à quelques secondes de visionnage. Elle ne prouve ni la compréhension du message ni un changement de perception. Le plan ne doit pas être jugé sur ce seul indicateur.

Les outils de la filière montrent la même logique d’échelle. La campagne « Nos forêts envoient du bois » et ses 57 millions de vues a visé un tout autre volume, et sur un message plus large. Les capsules de l’UCFF jouent dans une catégorie plus ciblée.


Second volet : 80 journalistes sur le terrain

Le deuxième volet part d’un pari inverse : aucune vidéo ne remplace une matinée en forêt avec un forestier. L’UCFF a organisé des voyages de presse pour 80 journalistes, au contact de la sylviculture réelle.

Le résultat annoncé est de 208 millions de contacts potentiels. En divisant par le nombre de journalistes, on obtient environ 2,6 millions de contacts potentiels par journaliste invité. Ce rapport est un calcul indicatif, pas une donnée de l’UCFF.

Un indicateur à manier avec prudence

Les « contacts potentiels » mesurent l’audience cumulée des médias qui ont publié. Ils ne disent pas combien de personnes ont réellement lu, vu ou retenu le contenu. C’est une unité de mesure standard en relations presse, mais elle reste optimiste par construction.

Sa valeur est ailleurs. Un journaliste qui a vu une parcelle en renouvellement ou un chantier d’éclaircie écrira autrement sur la forêt. Ce bénéfice qualitatif ne figure dans aucun chiffre.

Ce que les journalistes ont pu voir

Les thèmes d’un voyage de presse forestier sont connus : la récolte, le choix des essences adaptées au climat futur, la plantation et le rôle du gestionnaire. Sur ce dernier point, la protection des jeunes plants est un sujet technique de plus en plus visible, comme le montre le projet PICO2Bio de l’ONF sur les protections individuelles biosourcées.


Deux volets, deux logiques : comparaison

Critère Capsules vidéo Voyages de presse
Cible Grand public, réseaux sociaux Journalistes, médias
Format Animation humoristique, façon La Linea Visites de terrain
Résultat annoncé Plus de 7 millions de vues, 548 000 engagements 80 journalistes, 208 millions de contacts potentiels
Force Portée large, ton accessible Crédibilité, relais éditorial
Limite Attention fugace Audience potentielle, pas avérée

Les deux volets se complètent plus qu’ils ne se concurrencent. La vidéo crée une familiarité avec le sujet. Le terrain donne aux journalistes la matière pour le traiter sérieusement.


Le rôle de Nicolas Jobin et le fil conducteur du plan

Nicolas Jobin, responsable communication de l’UCFF, est l’interlocuteur identifié de cette opération. Le fil conducteur du plan est de rendre concrètes des réalités forestières que le public connaît mal. Il ne s’agit pas de défendre une position, mais de montrer comment on gère, on renouvelle et on adapte les forêts.

Cette approche rejoint les messages que la filière diffuse ailleurs. Dans une campagne récente menée avec la Fédération Nationale du Bois et soutenue par France Bois Forêt, l’UCFF cite des chiffres issus du Memento de l’IGN (2025). Selon ce document, la France fournit en moyenne 87,8 millions de m³ de bois par an, dont 51,7 millions de m³ récoltés dans le cadre de la gestion forestière. Cette gestion est encadrée par le Code forestier, les documents de gestion durable et les certifications forestières.

Ces chiffres posent une question que le plan 2022-2025 contribue à documenter : comment faire accepter l’idée qu’intervenir en forêt, c’est aussi la préserver ?


Ce que ce bilan dit, et ne dit pas

Le plan a réussi à placer la gestion forestière dans des espaces où elle est rare : fils d’actualité, pages de médias généralistes. C’est un acquis réel, et l’ampleur des chiffres donne raison à la stratégie en deux volets.

Mais trois angles morts demeurent :

  • L’impact sur les comportements n’est pas mesuré : adhésion à une coopérative, regroupement de parcelles, évolution de l’opinion.
  • La répartition des vues entre capsules n’est pas détaillée dans les données disponibles.
  • La qualité des retombées presse (angle, ton, profondeur) n’apparaît pas derrière les 208 millions.

Aucun de ces points ne disqualifie le plan. Ils indiquent plutôt ce qu’un prochain cycle devrait mesurer, au-delà de la portée.

La clé de lecture à retenir

Une campagne de sensibilisation ne transforme pas une filière. Elle crée les conditions pour que le message soit entendu quand un propriétaire forestier cherche un gestionnaire, quand un journaliste prépare un sujet ou quand un élu arbitre. De ce point de vue, l’enjeu est moins la portée brute que la capacité à installer un vocabulaire commun : gestion regroupée, renouvellement, adaptation. Les filières voisines le savent bien, y compris à l’export, comme le montre le cas de FrenchTimber et des exportations de bois français en 2025 : un produit se vend mieux quand son origine est comprise.

Pour vérifier l’effet réel du plan, un indicateur simple serait la part de marché des coopératives. Elle était de 18 % en 2018. Savoir si ce chiffre a bougé depuis 2022 en dirait plus que 548 000 engagements.

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